La base du projet de "Solidarité" est le constat que devant la multiplication des attaques contre la vie sous toutes ses formes, il existe une multiplication des défenseurs de la vie. Par centaines de milliers des gens se lèvent et agissent. C’est une réalité de notre temps. Dans tous les domaines, dans tous les secteurs, dans tous les pays nous voyons et entendons une floraison d’idées, d’actions, d’espérance. Dans notre propre pays nous assistons à la naissance de centaines d’initiatives qui touchent des combats précis, que nous appelons sectoriels : écologie, aide aux personnes, solidarité internationale, cercles de réflexion et d’information, lieux de rencontres. Chaque nouvelle attaque contre la Vie, au sens large du terme, déclenche une nouvelle génération de combattants.
Devant ce trésor de motivation non idéologique nous ne pouvons que voir l’émergence d’un nouvel idéal et d’une nouvelle façon de construire la société. Les nombreuses études qui ont été faites sur les combats pour la Vie montrent toutes que ces mouvements sont spontanés, issus de la société civile, prennent à bras le corps des problèmes que les politiques n’arrivent même pas à appréhender clairement, inventent des réponses pratiques qui dépassent tous les clivages du passé. Nous n’assistons pas à la naissance d’une nouvelle idéologie parce que les acteurs sont trop divers pour se reconnaître dans un discours centralisateur, nous n’assistons pas à un combat des riches contre les pauvres parce qu’il y a tout autant d’initiatives issues des élites que des populations. De toutes parts naissent des initiatives, de toutes parts se constituent des forces combattantes. Personne n’a encore su proposer un lieu fédérateur à ces forces parce que tous ceux qui voudraient les récupérer se heurtent au refus des clivages idéologiques du passé ainsi qu’au refus d’une logique d’opposition. Le forum de Davos, rassemblant sur les terres de l’université catholique, à la demande d’une municipalité communiste, des associations de toute sorte ont montré le refus de la logique de conflit idéologique au profit d’une union de toutes les personnes de bonne volonté. Cet événement historique dont la portée dépasse largement les effets immédiats s’est retrouvé sur un slogan qui résume à lui seul cette diversité et cette liberté de pensée : un autre monde est possible.
Un autre monde est possible, mais quel monde ? C’est là que commencent les divergences car personne n’a su proposer un autre monde possible, parce que chaque combat possède des réponses valables pour son terrain mais en aucune façon des réponses universelles. En somme, il manque tout autant du recul qu’une vision d’ensemble. Nous pensons que c’est à partir de la collaboration et de l’unité des combats sectoriels pour la Vie que va émerger cet autre monde possible, concrètement, très concrètement parce que le travail de ces mouvements n’est pas théorique mais concret.
Notre objectif est donc double : amener chacun de ces acteurs à prendre conscience qu’il participe à un seul et même combat, et créer un cadre politique, mental et intellectuel pour que cette unité se construise. Si nous parvenons à donner un cadre politique à ces combats pour la Vie, alors aucune force au monde ne sera en mesure d’empêcher le nouveau siècle de naître parce que ce projet n’est pas un projet de communication mais d’idées, et que les idées sont plus fortes que les clivages artificiels qui se maintiennent tant bien que mal, pour un temps encore.
Quel est ce combat unique ? C’est une constatation évidente en somme : notre monde est l’objet d’une attaque sans précédent contre la Vie et la personne humaine. Jamais on n’a autant tué (avortement, pauvreté, destruction de la nature, menaces d’origine scientifique (appropriation du vivant, eugénisme)…) ni menacé la personne humaine (violence sociale, déstructuration des personnes, mise sous tutelle économique, politique, et mentale). Jamais on n’a autant méprisé la démocratie (mépris des élites en Europe, mensonges éhontés aux USA, rejet de ce qui vient des populations, volonté d’imposer un ordre mondial sans aucune structure démocratique…). Nous pourrions montrer facilement que toute ces choses trouvent leur origine dans la logique de l’avortement qui créé une catégorie d’être humain privée de droit, instaure l’irresponsabilité par rapport à l’autre et la vie, établit un droit opposable à l’égoïsme de l’individu… Mais ce serait montrer que le combat sectoriel dont nous sommes issus est le seul combat et nier le caractère tout aussi fondamental des autres terrains de lutte pour la Vie. L’avortement est un symptôme, horrible et terrible, mais en aucun cas une cause première c’est pourquoi il nous faut identifier les causes premières, c’est pourquoi nous voulons élargir notre vision et tendre la main à tous ceux qui, comme nous, défendent la valeur de la personne humaine. Nous sommes du côté de la vie, de l’amour et de la vérité, mais nous ne sommes pas les seuls ! Si nous nous revendiquons "pro-Vie" c’est bien parce que nous avons conscience que notre combat dépasse le refus de la mort légale. Nous croyons profondément, et depuis plus longtemps que les alter mondialistes, qu’un autre monde est possible. C’est parce que nous menons ce combat depuis longtemps que nous savons aussi ce qu’il faut faire.
Le jour où chacun comprendra qu’il n’existe aucune différence entre le droit de vie et de mort sur les enfants (sous le prétexte absurde qu’ils ne seraient pas humains), le droit de mépris sur les pauvres (sous le prétexte absurde qu’ils ne sont pas éduqués), le droit de propriété sur le vivant (sous le prétexte absurde que la science le rend possible), alors nous deviendrons ensemble une force de victoire et de création. Tout ce qui nie la dignité unique de la personne humaine est créateur d’oppression. Il est urgent de le comprendre. Sans vouloir tomber dans un sensationnalisme facile ni dans la théorie du complot, si vous preniez conscience de la réalité de la menace contre la Vie qui se profile à notre horizon proche, vous frémiriez et c’est pourquoi nous n’en parlerons pas. Les défenseurs de la Vie se battent depuis assez longtemps pour avoir compris que, prise isolément chaque menace semble parfaitement gérable, mais que combinées ensembles elles ouvrent un monde de cauchemar. Quel sera notre monde quand on produira à la chaîne des "hybrides" humains à partir d’ovules réalisés avec des cellules de peau, fécondés par une hormone synthétisée, comme on sait déjà le faire en laboratoire ?
Mais il ne sert à rien de regarder les abîmes, de peur que le spectre d’un avenir possible nous paralyse, parce que ce n’est pas ainsi que l’on construit un monde. Toute tactique qui consiste à s’opposer aux avancées menaçantes est vouée à l’échec parce que c’est combattre sur la terre de l’autre et donc devenir réactionnaire. Au contraire, nous devons proposer un projet d’avenir qui transforme ces gens là en réactionnaires. Le monde que souhaitent les acteurs actuels de la mondialisation est profondément réactionnaire, le monde que nous voulons bâtir est celui de l’avenir. Tel doit être notre message. En unissant les combats de tous ceux qui défendent la vie nous ferons naître une méthode de création et d’action. En laissant émerger les différents arbitrages possibles entre les combats nous ferons naître les courants politiques de demain. Unir les défenseurs de la Vie signifie en pratique créer une société pour le XXIème siècle.