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Proclamer l’indépendance de l’Espérance

Nous vivons dans une société qui fait tout ce qui est en son pouvoir pour détruire le sens de l’espérance, au point que le simple emploi de ce terme sur un site politique semble incongru ou naïf. Pourtant, l’homme est avant tout un être d’espérance. Nos dirigeants le savent, et pour contourner cet espace de liberté ils conduisent cet élan fondateur de liberté sur des terres moins dangereuses parce que moins denses : le pouvoir d’achat, le confort ou la sécurité. Certes ce sont des points importants qui font pleinement partie de la mission des politiques, mais on ne peut réduire la vision de l’avenir à une simple équation économique ou sécuritaire. Le détournement de l’espérance sur des questions de gestion quotidienne masque difficilement la réalité dans laquelle nous vivons : les acteurs politiques n’ont pas d’idées sur l’avenir, ne portent plus de projet de société. Ils reconnaissent eux-mêmes cette stupéfiante absurdité : le pouvoir politique ne serait plus à même de répondre aux enjeux d’un monde mondialisé, la réalité du pouvoir appartenant désormais à l’économique.

Ce n’est pourtant qu’un mensonge, car le politique conserve le pouvoir de tisser le présent et l’avenir. La mondialisation ou la puissance de l’économie ne sont pas des obstacles à l’inventivité mais l’univers dans lequel nous vivons. Un univers qui est aujourd’hui ce qu’il est mais qui demain sera différent, comme hier il était différent. En réalité, le politique détient absolument le pouvoir de prendre possession de la réalité parce qu’il lui appartient de poser les cadres dans lesquels s’expriment les puissances économiques et la mondialisation.

C’est à travers l’action politique que peut s’exprimer la démocratie. Il n’existe pas de démocratie de l’économie mais uniquement une démocratie, certes vacillante mais toujours légalement présente, de l’action politique. L’allégeance du politique à l’économique est donc aussi l’allégeance de la démocratie à l’économique. Nous faisons partie de ceux pour qui la démocratie n’est pas un résidu du passé que les méthodes de communications moderne permettent de lentement démonter . Nous ne croyons pas en une démocratie de l’apparence. Nous constatons que la démocratie s’exprime dans la société et dans le monde politique, c’est pourquoi nous défendons à dignité d’un pouvoir politique rendu aux citoyens. Le pouvoir de la mondialisation économique n’est pas une démocratie mais une dictature de type totalitaire. L’espérance consiste à croire qu’il est possible de créer une mondialisation démocratique, et donc politique. Pour donner un élan démocratique en réponse aux défis de notre époque il faut poser deux actes fondateurs, qui aujourd’hui sont des actes de foi et donc d’espérance. D’abord il faut croire qu’il est effectivement possible de démocratiser les relations internationales ainsi que les relations économiques. Ensuite, il faut répondre au projet de société de l’actuelle mondialisation par un projet de société autrement. C’est le sens de ce cri du cœur que représente le fameux "un autre monde est possible". L’espérance consiste à croire qu’un autre monde est possible. Mais quel monde ?

La force de la mondialisation est de faire croire qu’aujourd’hui il n’existe pas d’alternative entre un phénomène historique inéluctable fruit de la révolution des technologies de la communication, et le repli identitaire. La mondialisation oppose donc deux arguments biaisés : "nous sommes le seul avenir possible", et "les identités constituent un obstacle majeur à l’avenir" de par leur caractère réactionnaire. Deux mensonges. D’abord, il existe de multiples façons de penser la mondialisation. Ensuite, les identités sont le seul terrain dans lequel peut s’ancrer une culture de coopération universelle qui constitue l’alternative réelle à un avenir soumis à la seule loi du marché. De même que les corps intermédiaires constituent la seule garantie de liberté et de démocratie dans un monde atomisé, de même l’unité des identités constitue le seul obstacle sérieux à la domination du monde par un conglomérat d’entreprises privées. Les corps intermédiaires du monde sont un sujet d’espérance quand ils se tournent vers la solidarité.

Le nœud de l’argumentaire de l’ultralibéralisme est que les réponses à la liberté du marché ne peuvent être qu’idéologiques, et que nous avons tous pu voir à quelles extrémités les idéologies conduisent. Ils omettent de préciser que le libéralisme extrémiste est une idéologie politique, la dernière des trois abominations que le siècle dernier a produites : nazisme, communisme, ultralibéralisme. Ils omettent aussi de rappeler que le libéralisme n’est pas l’économie de marché ni la liberté d’entreprendre mais ces deux libertés poussées à leurs extrêmes conséquences. Si la liberté du marché s’attaque à la liberté des citoyens, n’est-il pas normal de trouver un équilibre entre les besoins de chacun ? N’est-ce pas l’exemple même des théories économiques ? Si la liberté était un bien commercial ne nous dirait-on pas que l’intérêt de chacun fera en sorte que le marché s’équilibre de lui-même ? Il n’en est pourtant rien, la pratique contredit la théorie, et donc l’invalide. Non, le monde ne va pas entrer dans les cases préconstruites par un puissant impérialisme de la pensée. C’est là aussi un sujet d’espérance : on ne peut enfermer l’homme dans une prison de mots.

Face à cette idéologie forte d’un argumentaire puissant et du contrôle effectif des leviers du pouvoir il ne reste que deux attitudes : la résignation ou l’espérance. L’espérance est une arme contre laquelle une idéologie ne peut rien, l’histoire l’a clairement montré. L’espérance n’est pas une idéologie, n’est pas une théorie politique, n’est pas un parti ou une personne. L’espérance est une attitude de liberté. C’est pourquoi nous demandons et proposons de proclamer l’indépendance de l’Espérance. Derrière cet acte en apparence absurde et inutile, sorti tout droit d’un utopisme de pacotille, se trouve en réalité un acte politique aux conséquences profondes. Cette proclamation est un acte de rupture entre un futur que nous ne voulons pas et un présent dans lequel nous ne nous reconnaissons pas. En introduisant un acte de liberté sous la forme d’une parole libératrice, entre des comportements que nous avons l’habitude d’accepter et notre conscience, nous établissons un espace mental indépendant. Nous proclamons que nous ne sommes pas vassaux du présent ou de ce futur imposé, mais que nous sommes assez éveillés pour penser et oser un monde autrement. Ce monde autrement n’est pas une idéologie mais une constatation qui tient de l’évidence : c’est à partir des personnes que se construit l’avenir, c’est à partir de la solidarité des personnes que se bâti la réalité, c’est à partir de la société civile que s’exerce de fait une prise de pouvoir de l’espérance à travers une action concrète ainsi que la progressive unification des différents combats sectoriels pour la Vie, pour l’homme et la liberté. Proclamer l’indépendance de l’espérance est un acte d’insurrection de la pensée et de la volonté, un acte de libération de l’avenir. Alors que tout est fait pour proclamer que l’avenir est déjà décidé, nous affirmons par l’espérance que non seulement nous n’en croyons rien, mais que nous allons maintenant prouver le contraire. Une nouvelle utopie ? En êtes-vous bien certain ? C’est un chemin que nous voulons ouvrir dans le béton de la pensée unique.

La déclaration d’indépendance de l’Espérance a été pour moi il y a longtemps le commencement d’un processus de libération qui me conduit aujourd’hui à me présenter devant vous. C’est tout sauf un jeu de rôle ou une réaction sentimentale. C’est une rupture mentale entre la réalité et le rêve, entre le poids de ce qui est et tout ce qui peut exister. Proclamer l’indépendance de l’espérance est ouvrir le regard vers l’avenir et proclamer que non seulement un autre monde est possible mais que, en plus, nous commençons à apprendre à voir ce monde pour le faire exister. Vous réaliserez progressivement qu’en proclamant l’indépendance de l’esprit vous commencez à appartenir à la nation des hommes libres. Dés lors, peu à peu, vous verrez la réalité pesante comme une survivance du passé et vous serez libre, parce qu’elle n’aura plus de pouvoir sur vous. Proclamer l’indépendance de l’espérance est commencer à créer et à penser un monde autrement. Nous sommes appelé à être la nation sans territoire de ceux qui espèrent. Car l’espérance est la terre sur laquelle on bâtit les empires.

Proclamation d’indépendance de l’Espérance

"Nous les habitants du monde, confrontés à un ensemble de violation sans précédent des droits fondamentaux de la personne humaine ainsi qu’à des défis devenus mondialisés et universels, proclamons l’indépendance de notre espérance en une société qui fait du respect de tous les aspects de la vie humaine la valeur fondamentale sur laquelle doit être construite toute politique, toute économie, tout développement et toute relation entre personnes. Nous proclamons notre indépendance face aux états-nations et reconnaissons en une collaboration toujours plus proche entre les habitants de cette terre, le seul droit pour bâtir une Civilisation de l’Amour et de la Vie"

Axel de Boer

Président de Solidarité, Liberté, Justice et Paix


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